Vadier
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Cet été particulièrement chaud,a entrainé une surmaturation du raisin imposant une vendange précoce dans la plupart des vignobles français.En Pays Catalan evidemment,les vendanges ont débuté avant tous les autres et début Aout à Rivesaltes,les premiers raisins étaient récoltés.Le Muscat sera bon.
Le temps des vendanges en Roussillon est une période extraordinaire.Il marque la fin des chaleurs souvent torrides et les vents arrivant de la mer apportent fraicheur matinale et humidité.De nouvelles senteurs imprègnent l'atmosphère,les touristes s'en vont,la population autochtone reprend ses habitudes.La vigne commence à rougir,le sommet du Canigou ne tardera plus à blanchir,les stations balnéaires respirent,les villages viticoles s'animent.C'est comme si tout le pays connaissait un bain de jouvence.
Quarante ans sont passés et j'ai encore en mémoire les vendanges en Roussillon en compagnie de ma mère.A l'époque les vendanges constituaient une bouffée d'oxygène pour l'économie locale.Bon nombre de gens modestes,salariés pour la plupart,utilisaient leurs congés payés pour vendanger,s'assurant ainsi un apport financier non négligeable.Cet argent était utilisé pour payer les frais de rentrée scolaire des enfants.C'était en tous cas ainsi dans ma famille.
Il faisait encore noir lorsque nous prenions la route du mas.Au levé du jour "la colle" s'ébranlait dans la vigne humidifiée par la nuit.La "moussaigne" imprimait le tempo,deux ou trois ceps avant les autres vendangeurs qui devaient s'efforcer de demeurer tous ensemble sur la méme ligne et ne jamais depasser la "moussaigne".Le raisin remplissait vite le sceau des cueilleuses que de jeunes hommes s'empressaient de vider dans les comportes de l'allée principale.Un adolescent,le "kitcheur",kitchait.A l'aide d'un pilon de bois il pressait le raisin dans la comporte.Les hommes à l'aide de "pals"transportaient les comportes pleines jusqu'au chemin bordant la vigne et les chargeaient sur un plateau qu'un tracteur ou des chevaux amenaient à la cave.Les "pals" étaient de lourds et longs batons que l'on glissait sous les poignées de la comporte,la "samal".
A 9 ou 10 heures le matin,arrivait le moment le plus agréable de la journée;la pause dejeuner.Chacun avait amené son "sarrou".Aubergines,poivrons,anchois dans l'huile avec l'ail,saucisson,jambon de pays,roquefort,oeufs durs et aioli,saucisses ,boudin noir ou cotes d'agneau grillées aux sarments de vigne.L'instant était délicieux;le soleil n'avait pas encore donné toute sa mesure.Puis l'estomac bien garni les vendangeurs reprenaient leur labeur;la "colle" devenait plus bruyante sous les effets conjugués du soleil et du vin.Vers 13,14 heures cessait le travail.La chaleur devenait pénible.Chacun cherchait une ombre et un coin d'herbe verte pour se reposer.
Dans l'aprés midi,le travail reprenait pour les deux ou trois heures les plus difficiles.Les mains salies,parfois coupées,résultat d'un moment d'inattention,les vétements collant à la peau,la fatigue désormais bien présente,les moucherons,la soif,amenaient les vendangeurs à accueillir la" plagade" avec soulagement.De retour au mas,certains récupéraient les trois litres de vin qui étaient alloués quotidiennement à chaque vendangeur en plus de la solde.Si la cueillette était terminée,le travail de ceux qui oeuvraient à la cave ne faisait que commencer.
Ainsi s'écoulaient les journées,pendant environ trois semaines,jusqu'à la fin de la vendange décrétée par le regisseur du mas en fonction de la méteo et de l'état du raisin.Je ne conserve de mes vendanges que de bons souvenirs.Les rires,les jeux,la camaraderie qui s'instaurait au fil des jours,prenaient vite le pas sur l'inévitable fatigue du début.L'odeur des saucisses grillant sur les "garbilles",le"poil"d'eau fraiche passant de mains en mains,la "bourratche" de vin limé,l'ombre humide des fossés,et le soir au retour dans la camionette,les effluves marines route de Canet,le vent frais sur les tempes et le Canigou eternel au desus des vignes rougeoyantes sous la soleil,c'était tout cela mes vendanges catalanes
Ah si le temps avait pu s'arréter là.
Aout 2003
Le temps des vendanges en Roussillon est une période extraordinaire.Il marque la fin des chaleurs souvent torrides et les vents arrivant de la mer apportent fraicheur matinale et humidité.De nouvelles senteurs imprègnent l'atmosphère,les touristes s'en vont,la population autochtone reprend ses habitudes.La vigne commence à rougir,le sommet du Canigou ne tardera plus à blanchir,les stations balnéaires respirent,les villages viticoles s'animent.C'est comme si tout le pays connaissait un bain de jouvence.
Quarante ans sont passés et j'ai encore en mémoire les vendanges en Roussillon en compagnie de ma mère.A l'époque les vendanges constituaient une bouffée d'oxygène pour l'économie locale.Bon nombre de gens modestes,salariés pour la plupart,utilisaient leurs congés payés pour vendanger,s'assurant ainsi un apport financier non négligeable.Cet argent était utilisé pour payer les frais de rentrée scolaire des enfants.C'était en tous cas ainsi dans ma famille.
Il faisait encore noir lorsque nous prenions la route du mas.Au levé du jour "la colle" s'ébranlait dans la vigne humidifiée par la nuit.La "moussaigne" imprimait le tempo,deux ou trois ceps avant les autres vendangeurs qui devaient s'efforcer de demeurer tous ensemble sur la méme ligne et ne jamais depasser la "moussaigne".Le raisin remplissait vite le sceau des cueilleuses que de jeunes hommes s'empressaient de vider dans les comportes de l'allée principale.Un adolescent,le "kitcheur",kitchait.A l'aide d'un pilon de bois il pressait le raisin dans la comporte.Les hommes à l'aide de "pals"transportaient les comportes pleines jusqu'au chemin bordant la vigne et les chargeaient sur un plateau qu'un tracteur ou des chevaux amenaient à la cave.Les "pals" étaient de lourds et longs batons que l'on glissait sous les poignées de la comporte,la "samal".
A 9 ou 10 heures le matin,arrivait le moment le plus agréable de la journée;la pause dejeuner.Chacun avait amené son "sarrou".Aubergines,poivrons,anchois dans l'huile avec l'ail,saucisson,jambon de pays,roquefort,oeufs durs et aioli,saucisses ,boudin noir ou cotes d'agneau grillées aux sarments de vigne.L'instant était délicieux;le soleil n'avait pas encore donné toute sa mesure.Puis l'estomac bien garni les vendangeurs reprenaient leur labeur;la "colle" devenait plus bruyante sous les effets conjugués du soleil et du vin.Vers 13,14 heures cessait le travail.La chaleur devenait pénible.Chacun cherchait une ombre et un coin d'herbe verte pour se reposer.
Dans l'aprés midi,le travail reprenait pour les deux ou trois heures les plus difficiles.Les mains salies,parfois coupées,résultat d'un moment d'inattention,les vétements collant à la peau,la fatigue désormais bien présente,les moucherons,la soif,amenaient les vendangeurs à accueillir la" plagade" avec soulagement.De retour au mas,certains récupéraient les trois litres de vin qui étaient alloués quotidiennement à chaque vendangeur en plus de la solde.Si la cueillette était terminée,le travail de ceux qui oeuvraient à la cave ne faisait que commencer.
Ainsi s'écoulaient les journées,pendant environ trois semaines,jusqu'à la fin de la vendange décrétée par le regisseur du mas en fonction de la méteo et de l'état du raisin.Je ne conserve de mes vendanges que de bons souvenirs.Les rires,les jeux,la camaraderie qui s'instaurait au fil des jours,prenaient vite le pas sur l'inévitable fatigue du début.L'odeur des saucisses grillant sur les "garbilles",le"poil"d'eau fraiche passant de mains en mains,la "bourratche" de vin limé,l'ombre humide des fossés,et le soir au retour dans la camionette,les effluves marines route de Canet,le vent frais sur les tempes et le Canigou eternel au desus des vignes rougeoyantes sous la soleil,c'était tout cela mes vendanges catalanes
Ah si le temps avait pu s'arréter là.
Aout 2003